Et si...


... Je n'obtenais pas le BAC.


Il n'a pas été dans mes options celle de sortir de cette année sans le bac.
Malgré tout, on ne cesse d'y penser: Que faire si cette année je ne suis pas un bachelier comme les autres ?


Loin de moi, l'idée de dramatiser l'échec, j'ai souvent été constant dans l'échec, relevant la tête sous les coups de butoir de mes chers professeurs.

Les contraintes opérationnelles ne sont pas d'actualité uniquement dans le cockpit. Le 100% de réussite de l'an dernier contraint le microcosme dans lequel j'évolue plus de 12H par jour, à un stress permanent: Celui de placer ses élèves au plus au niveau, sur le dernier barreau de l'échelle.

J'ai toujours préféré travailler tout seul, loin du bruit, de l'ambiance bruyante de la classe, qui boit le doux élixir que nous propose le professeur. C'est un choix, un esprit de vie, a "way of life". Je suis donc entrain de subir les rouages d'un système mal pensé, qui ne laisse pas de place à l'autodidaxie. On m'oblige à aller en cours sous peine de sanctions, on me place 10H sur une chaise, chaise ou je "dégueule" l'élixir de connaissance.

Non pas que le système scolaire soit inintéressant: J'aime les équations du mouvement, les équations différentielles, les exponentielles, les logarithmes.
Ce système est juste mal pensé, il y a comme une erreur de conception, une erreur dans le code originel.
Qu'on laisse donc une place à l'autodidaxie.

Certains me dirons volontairement, que je n'ai qu'a quitter le système si je ne suis pas satisfait. Il est certain que si je le pouvais, j'aurais depuis longtemps choisi ma voie.
Cependant, il convient de se poser la question de la suite de ma vie, que faire si l'on sort de l'unique système qui nous est proposé ? Travailler seul certes, mais avec quelle récompense, quelle porte ouverte lorsque l'on présentera le CV ?

Le système Français agit de telle manière que l'on classifie les Hommes depuis leurs naissances: Les meilleurs en Prépa, le reste à la Fac ou au chômage.

Est-il cependant judicieux de penser l'intelligence selon une appartenance à une filière spécifique ? L'Homme pauvre de la FAC, n'a t-il finalement pas plus de ressources que l'Homme de la Prépa.
L'ouverture de certains concours à des fillières spécifiques montre que si. Que se passerait-il si un Homme de la pauvre FAC se retrouvait major de sa promo à l'X ? Joyeux bordel.

A-t-on déjà pensé aux élèves qui n'étaient pas adaptés au système, non par envie mais par un mode de fonctionnement radicalement différent.
Je fais peut-être partit de ceux-là, qui n'ont pas besoin de l'Homme entre le livre et le cerveau pour comprendre une notion.

Il existe cinq mots pour me caractériser: Critérium, Cahiers, expérience, relationnel, et plaisir de découvrir.

Les deux premiers sont les outils de l'apprentissage, j'écris au critérium, j'aime mon critérium, celui qui pose sur les feuilles vierges de mon cahier, les idées les plus farfelues, les équations de maths et de physique, et parfois un dessin.

L'expérience est une des facettes de la connaissance, sans l'expérience, les notions purement théoriques finissent par disparaitre au fin fond des méandres du cerveau.

Le relationnel est pour moi une partie liée intimement à la connaissance, j'aime discuter Avionic, courant alternatif, philosophie, univers sur les bases d'un Stephen Hawking. A contrario je hais les gens dont les propos se confère essentiellement aux choses d'actualité, aux choses débitées par les médias.
Mes amis font partit des gens qui voient au delà de ça, qui voient dans l'apprentissage, et peu importe le type d'apprentissage, une notion de plaisir, celle du plaisir d'apprendre. Malheureusement mes amis sont rares, rares comme la notion de plaisir que nous donne l'éducation nationale.


En ce qui concerne mon échec au BAC, ce n'est pas une option je n'y ai donc pas posé la moindre once de réflexion. Plus que un mois et le verdict tombera. Mais cela ne me fera ni chaud ni froid, car ce diplôme aura un goût d'autant plus foireux qu'il a été obtenu dans un système foireux...

AE, ou l'art de faire difficile.


Le soleil émet ses premiers rayonnements, l'air est frais, et mes yeux sont collés par le sommeil.

Je suis devant le portail de l'école dont j'ai toujours rêvé, celle qui berçait mes jours et mes nuits, celle qui "donne" le Graal à tous les pilotes : L'ENAC.

J'ai depuis deux ans maintenant tourné la page "rêve" du bouquin de ma vie, et pour cause, sans Classe 1, pas d'ENAC. Et puis je me console en me disant qu'avec mes résultats scolaire ne suivent pas pour un tel cursus.

Après un contrôle de routine par les agents de la sécurité, je pénètre dans l'enceinte de L'ENAC, et je dois dire que c'est beau, très beau même. Bâtiment impeccables, personnel qui se baladent en Caddie de golf (témoignant de la taille de l'enceinte), parterre fleurit par des entités qui sentent bon l'été. Manque que les filles pour que ça ressemble à l'université Américaine que nos écrans de télévision nous balancent.

Signe du destin, j'ai rendez vous dans le Bâtiment Daurat, nom identique au nom de la rue du CEMPN.

Je m'attendais à voir plus de 200 candidats devant l'étroite porte d'examen. Je me rapproche de la porte et je peux apercevoir que nous ne sommes que 6. Encore une fois c'est le rêve puisque cette année, l'ENAC recrute 10 candidats ou plus suivant la demande.

Le premier sujet de Français arrive, texte sur le givrage à résumer en 239 mots, pas plus. Je prends le temps de lire, d'identifier les termes importants, d'éliminer les déchets.
Pour moi ce genre d'épreuve est une grande première puisque je n'ai jamais fait de contraction de texte. Et c'est un échec total. Je suis à 341 mots et il me reste 5 minutes.

Durant la petite pause qui nous est accordée entre le français et les épreuves scientifiques, je discute un peu avec les candidats, et je m'aperçoit vite que je suis le seul Terminale S, et que les autres candidats sont d'un niveau plus ou moins égal à Bac+2.

Une dame nous dit alors de rentrer pour s'installer de façon a commencer l'épreuve de Maths/Physique.
Les premières questions concernent le basique de la terminale S, à la différence qu'il faut avoir un tantinet de jugeote pour pouvoir répondre, puisque les énoncés semblent être incomplets... On passe du coq à l'âne, de la mécanique au calcul intégral. Une mécanique un peu difficile. J'ai l'impression de pas trop mal m'en sortir, mais j'attends la note avant de me prononcer.

13H30, c'est le ventre plein que je reviens à l'attaque du concours AE, cet après-midi, c'est Anglais et connaissances aéronautiques.

On est ici bien loin de l'anglais aéronautique, puisqu'il n'y a sur la feuille que de la grammaire et de la correction de langue. Le concept de IVAO est bien loin.
Je pense la aussi avoir assuré quelques points, mais je reste méfiant.

Dernière épreuves, les connaissances aéronautiques, qui ne m'ont pas posé de problèmes, puisqu'on est ici dans les questions élémentaires du PPL ( FB, cap, mécanique du vol)... La je suis plus que confiant.

Je sors lessivé, mais content.
Cette école semble se distinguer des standards de l'éducation nationale, la chère, la fameuse.

Ça va faire 3 longues semaines que je n'ai pas volé, le temps est long, ici, quand on a les pieds sur terre. Les dimanches de vol me manquent, mon DR400 me manque, mes KFC du dimanche soir, avec El Rey, à discuter A320 devant un bucket de cuisses de poulet compactées me manquent.

Je me pose la question du jour ou il faudra tout quitter, prendre un "Heavy" pour rejoindre le pays des Caribous...
Je me dis aussi que le Canada, c'est le début de la belle vie, celle que j'ai attendue, assis sur ma chaise du lycée. Celle où ton reveil sonne pour te dire que c'est l'heure d'aller voler dans les nuages, de zigzaguer parmis les CB's, de faire une approche aux minimas.

Ces derniers temps, et après que le trafic aérien ai reprit du service, je recommence à contempler les avions qui laissent des contrails dans le ciel, le matin alors que le soleil éclaire leurs carlingues d'une lumière rose. J'imagine cette même lumière qui illumine le cockpit. Je rentre dans le rêve.

J'en sors vite lorsqu'il est temps d'entrer dans le métro, direction le lycée, direction la chaise du fond de classe.